dimanche 9 juin 2013

Enigme de la vie ...


Enigme de la vie 
Souvenir inscrit à même le corps
Il est dans les os 
Des myriades de secondes
Qui me dira l'empreinte des gestes et des métamorphoses ?
J'irai plus encore aux confins du spirituel 
Une éternité dans une mastication
Secret au sein des digestions achevées
Tracé à jamais aux pas posés, déposés, en suspens
Reste en témoin la fascination de ce qui fut
L'âme groupe, en orfèvre méticuleux imagine la perfection
Aller de coeur en rencontre
Et se taire au Mystères du monde 
...

vendredi 31 mai 2013

Il me faudra ...


" Il me faudra, comme l’homme sauvage
Arracher au temps des battements d’ailes usés
Lambeaux de vie au crépuscule des landes
Ce soir, je bois
Je m’abreuve au désespoir des candélabres
Langues de feu au pentacle de Renaissance
Oserez-vous, Passeur de l’ombre
Réveiller vos odes aux verges d’or
Eclats de vie disséminés aux langues vierges encore
Et le terre oscillait aux berges d’avenir
Tremblements enroulés au vertige des tempêtes
Et le vent
Ah, ce vent du nord qui aimait à me mordre
Et comme s’enorgueillissaient les flots
Au tréfonds des entrailles
Murmures de pavots aux franges de nuit obscure
Nuit d’étrange au seuil de l’absence
L’absence, c’est l’œuvre moins la présence
Car tu t’es dissoute, Présence
Aux bras des hésitations
Au creux de ta substance et des muscles froissés
Il est des horizons qui n’ont cure d’inquiétude
L’inquiétude est nourriture des faibles
Et j’irai de concert au ventre des engagements
Il est au grenat des regards une silhouette amie
Ferme les yeux
Ferme les yeux et ose ce grenat
Goût sucré à l’envers du décor
Et se réservent aux pages de pierre
Des signes transmutés
Caresse des trônes aux parois minérales
L’angle se glisse et froisse les particules figées
Battements d’ailes au marbre des linceuls
Montent aux cieux ces signes esquissés
Se creusent au ventre ces sillons encrés
Fraîcheur de nacre inversée
Aux labours de l’Amant
Amples sont les vaisseaux
Ample est la couche
Et j’irai de brume aux cils d’un regard fatigué
Ennoblir d’un cri la semence endormie
Fragile et terrible sera ce cri de jouissance
Le corps se lie d’alliance aux torsions des cités englouties
Je témoignerai debout à l’enceinte des offrandes
Torche incendiée à ton soupir
Là où la grève se dérobe
Source libérée au périple d’une boucle offerte
Il est au Vent du Nord, des litanies apprises
Broderie de soufre aux souffles des marées
Ecume opaque au sperme de Dieux déchus
Lune pleine qui se noie aux étreintes des Aimants
Il me faudra, comme l’homme sauvage
Avoir audace de foi
Livrer aux lits défaits des étals délaissés
Oser là, au cœur de ce désordre
Le silence des abandons
Promouvoir au creux des vagues
La muétude des voiles
Orage
Fille de l’orage
Aimer à nouveau
Et fleurir de sève
Le secret des houles
Aller alors ton corps
Et ambrer d’une chiquenaude
Les plages retrouvées
… "
Et j'affirme que tout cela est vrai
...

mardi 7 mai 2013

Dans les pas de Goethe ...



Goethe se sentait habilité à considérer les idées qui se formaient en lui lorsqu'il regardait les choses de la nature comme un résultat de l'observation, au même titre que la couleur rouge d'une rose. Pour lui, la science était un résultat de l'observation empli d'esprit, et néanmoins objectif. Il se sentait vivre, avec son esprit, au sein même de la nature. Il n'a jamais douté du fait que c'est la nature elle-même qui exprime son essence en tant que contenu de l'esprit humain, pour peu que l'homme se place avec elle dans une juste relation. Pour Goethe, quand l'homme parvient à savoir, c'est alors l'être de la nature qui vit en lui. Dans le savoir humain, c'est donc l'être même de la nature qui se révèle. Le processus de la connaissance n'est pas, à ses yeux, la simple reproduction formelle d'une réalité qui se cacherait dans la nature. Non, connaître, c'est amener réellement à se manifester quelque chose qui, sans l'esprit humain, n'existerait pas. Et pourtant Goethe n'en conçoit pas moins l'esprit comme le véritable contenu de la nature, parce que la connaissance est pour lui une immersion de l'âme humaine dans la nature. Goethe voulait une science qui implique l'homme tout entier, comme l'art le fait aussi d'une autre manière. "
Rudolf STEINER



" La forme goethéenne est un processus, un principe et une énonciation car c'est aussi dans l'interpellation permanente et le dialogue avec ce qui l'entoure qui change sans cesse et qui lui est étranger que l'homme est proprement humain "
La musique comme parole des corps, Boris Schmoezer, André Souris et André Boucourechlier

lundi 6 mai 2013

Qui nous dira le mystère du monde ?


Apprendre à créer,  recréer en nous la plante en son évolution, ne pas s'arrêter au figé de l'instant ... Suivre les pas de Goethe et sourire d'intériorité ...

" L'entité générale de la plante ne peut être appréhendée que si l'on parvient à comprendre, à partir de chaque manifestation sensible, ce qu'est son devenir et comment elle se développe ...
Il est fait appel en nous à une activité productive nous permettant une prise de conscience du devenir et de la vitalité interne, dans ses métamorphoses, de l'être végétal en formation.
Dans ce processus intérieur, la représentation reçoit l'impulsion de la faculté imaginative.
Nous nous mouvons entièrement dans la contemplation intérieure, et ce que nous saisissons alors, nous en appréhendons en même temps les lois
... "
Le règne végétal et la plante primordiale de Goethe, Ernst Michaël Kranich                 




dimanche 5 mai 2013

Retour en intime ...



L'exposition est à présent en place ...
De bien belles rencontres lors du vernissage, de la découverte d'une coloration d'une région à des moments de complicité et de rires, de fatigue lors de la mise en place des tableaux et poèmes ...
L'oeuvre vit à présent son propre chemin, je suis déjà ailleurs, de retour au Cabinet des Curiosités, du plaisir de retrouver une étude libre et poétique ...
J'écoute Amy Winehouse
http://youtu.be/6R_1Y_v14I8
Quelque chose du soleil, de la flamboyance et tristesse du soleil fait irruption 
...
J'ai trouvé ce matin, en chinant, un livre écrit par un disciple de J-H Fabre 
...
Je l'ouvre au hasard 
" Il n'y a rien d'insignifiant, et ce qui fait sourire le monde ou l'amuse, souvent fait penser et réfléchir les sages ...
" Rien n'est petit dans le majestueux problème des choses; nos aquariums de laboratoire ne valent pas l'empreinte laissée dans l'argile par le sabot d'un mulet, lorsqu' une ondée a rempli l'humble cuvette et que la vie l'a peuplée de ses merveilles ," et le fait le plus infime que le hasard nous offre, sur le sentier le plus battu, est susceptible d'ouvrir d'aussi immenses perspectives que tout le grand ciel astral "
...
Combien me parlent ces mots ...
Combien j'aimerais sonder l'intime de chaque parcelle de ces insignifiants, de cette immensité des touts et des riens ...
Il me faudra désormais éveiller d'avantage encore mon observation, décupler au moins chacun des sens, oublier toute connaissance pour aborder en un premier temps, vierge de toute influence la moindre rencontre, y ciseler doucement mais surement une empreinte artistique ...
Aller curieuse et libre en l'immensité d'une flaque d'eau, dialoguer au ciel et humecter en une découverte ennoblie les parcelles d'embruns posées à même les lèvres, frissonner aux rires des oiseaux, me taire aux bâillements d'insectes, soupirer aux flottements de pétales , me coucher au chevet des pierres, rouler la mousse et flirter au détour d'une impasse avec les frôlements d'herbe , rêver aux champs labourer, murmurer des berceuses aux enfances de nuage ...
Aller et aller encore de par le monde 
...
Doucement
 ...
Aimante
 ...
Simplement 
...
Profondément femme 
...                             

dimanche 14 avril 2013

Plus que 19 fois dormir ...

La voici, la voilà , l'expo tant attendue ...
Bienvenue à toutes et tous ...



jeudi 11 avril 2013

Anecdotes - Geste - La houe

Le voici , le voilà le quatrième triptyque ...
12 poèmes de Henri - Louis Pallen, 12 tableaux de moi ...
et de superbes rencontres
...
Merci pour ces chaleureux échanges qui se tissent entre nous, Henri-Louis et Brigitte ...
Merci pour cette correspondance d' âme ...

Anecdotes


Mon père parlait aux grives, aux merles, aux moineaux
et il avait une main droite qui savait tout faire,
des objets petits ou grands, avec ingéniosité.
Bricoler, comme susciter le chant d’une guitare.

Ma mère aimait le café bien frais, c’est-à-dire chaud
qu’elle sucrait rarement, avec du miel de lavande,
ses yeux s’émerveillaient devant les roses du jardin.
Elle avait des robes élégantes, elle était coquette.

Mon père avait ceci d’extrêmement particulier
qu’il était toujours à s’inquiéter du bonheur des autres,
le partage avec nous de son espace le comblait.
Il ne connaissait pas l’afféterie ni le trucage.

A ce point touchée au cœur que les larmes lui venaient,
maman se régalait de bon pain comme de poèmes,
avait toujours conscience de l’essentiel : être ensemble.
Elle voyait le jour, ça suffisait à son bonheur.

Mouchoir en poche, embaumé d’essences de Cologne
il transformait en rosée matinale ses sueurs
endurant dans le silence des souffrances tenaces.
Sa mousse à raser avait un pouvoir d’enchantement.

Ils partaient une fois l’an, rituellement soignés,
à pied, bras dessus bras dessous, jusqu’à la Saint-Cézaire,
mettant un point d’honneur à ne pas prendre la voiture.
Ils n’étaient que douceur, respect de l’autre et dilection.

Assise à la terrasse du café, leur bienveillance
souriait aux passants et aux manèges de l’instant,
pendant que je remportais des tours ils me faisaient signe.
Sourires échangés représentant plus que de l’or.


Geste



            Petitement laissée contre un mur, à la verticale
               la valise contient des souvenirs non disparus,
               objets dont nous ne savions en ce temps-là l’importance
               tant il était normal de les partager chaque jour.

               Ils apportent, en outils solidaires de leur manche,
               de nombreuses scènes d’une vie exempte d’écueils,
               mosaïque d’atmosphères et maillons de la chaîne
               qui pour être rompue n’est pas moins solide aujourd’hui.

               Le quotidien alors à travers nos yeux semblait simple,
               fécondant notre absence d’égards pour le temps futur,
               tellement la joie à vivre les instants était grande
               et comblait notre quête de sens, déjà commencée.

               Au centre de ces situations, les artisans maîtres
               qui ont façonné la part première de notre vie,
               traversent et irradient de leur naturel l’espace
               à une fin de douceur accrue, qui nous embellit.

               S’éventeraient les souvenirs à la moindre imprudence,
               d’où l’exigence de résister à la tentation :
               c’est bien calfeutrées que pareilles choses se conservent,
               l’ouverture entamerait leur dérive vers l’oubli.



               La houe





               Première et unique fois où je laisserai l’outil
               soulevé si souvent par la main rescapée du Père,
               planté en force alors puis tiré, poussé en souffrant.

               Debout en équilibre, pièce plate sur la terre,
               il recueille et concentre la part de mes émotions
               retenue, si délicate soit-elle à décliner.

               Il me fait face avec simplicité, hors du dicible,
               au travers de tout ce qu’il remue invisiblement
               dans sa vigueur non disparue, dispos en permanence.

               N’a-t-il pas eu sa vie d’objet bel et bien animé
               pour ouvrir ou fermer des sillons, serveur inlassable
               au service du jardinier en-deçà des soupirs ?
                           
               Parmi mes outils neufs il tranche, il assoit son charme
               sur le contraste avec le criard, ou le tape-à-l’œil,
               l’absence de rouille, de coups, qui ternît leur brillance.

               Il exerça leurs métiers pour l’homme dont il a su
               maintes années durant prolonger le membre valide.
               En silence il sait être tous les autres à la fois.

               Qu’il me trouble de pouvoir à mon gré l’utiliser.
               Parfois, m’en sentir comme le prolongement moi-même
               me rend l’enfance, où je tenais fort la main aimée.                    
                                
               Je pourrais presque penser que c’est lui qui me possède
               dans le mutisme de ses contours et sa densité,
               à l’obscure faveur de mes innombrables fatigues.


               
               Vous pouvez retrouver les textes et poèmes d'Henri-Louis Pallen sur
http://www.lierreentravail.com/ et
https://www.facebook.com/pallen.henrilouis

               et mon cheminement sur
https://www.facebook.com/michele.lenoir1?ref=tn_tnmn



 
               




                 






vendredi 5 avril 2013

Il est ...


Il est au secret des algues des ailes de papillon en devenir ...

lundi 1 avril 2013

Noli me tangere



Angelico_Fra_Resurrection_of_Christ_and_Women_at_the_Tomb

" Si nous cherchons la sphère du Ressuscité , est-ce à l'extérieur , dans la jubilation de l'environnement terrestre ou à l'intérieur , dans la jubilation de vie de l'homme , que nous la trouvons ? Nous découvrons que l'âme de l'évènement pascal embrasse et réunit le monde extérieur et le monde intérieur, le macrocosme et le microcosme "
Les trois années du Christ Jésus, Emile Bock, éditions Iona


Il n'est pas si évident pour moi d'atteindre cette " jubilation intérieure ", bien au contraire, ai-je envie de dire ...
Ce chemin en rencontre du Mystère Pascal s'opère petit à petit, par méditations et interrogations, en laissant couler en moi ce qui se lève des Mystères occultes, peu à peu , comme cette image de " Noli me tangere " , en respect et patience ...



vendredi 29 mars 2013

Once upon a time ...


Aller au-delà des représentations et lire entre les pointillés, tant d' occulte encore en ces images, tant de questionnement à accueillir en ouverture ... Etrange sentiment à vivre chaque année en méditation consciente ces évènements, entre nausée et ouverture, " Les trois années du Christ Jésus " d'Emile Bock en nourriture d'autre chose, en ouverture loin des dogmes, en plongée de questionnements qui rebondissent de l'un à l'autre ... D'évènements en échos - Les 3 Pâques - en étonnements d'incarnations qui se rejoignent - Elie, Jean Le Baptiste, la mort de Jean-Baptiste, la résurection de Lazare, Celui que Jésus aimait, ce Jean au pied de la croix, l'évangile de Saint-Jean et la grande apocalypse annoncée déjà par la petite apocalypse ... Dévoiler ... Oui vraiment, aller au-delà des images et décrypter les échos cosmiques ... Ne rien affirmer, rester éveillée en questionnement et aller petit à petit en ces énigmes d'humanité ...

http://www.editions-triades.com/local/cache-vignettes/L198xH275_arton1191-bd4e5.jpg

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR
" Ce livre est proprement révolutionnaire. Son auteur allie la rigueur scientifique du théologien avec l'inspiration, la puissance méditative du romancier, on oserait dire du mystique. Il nous fait découvrir avec émerveillement que la richesse des Évangiles est loin d'être épuisée, et que la venue sur terre d'un dieu se faisant homme, si elle constitue le plus grand de tous les mystères, n'en est pas pour autant impénétrable pour la conscience et la compréhension humaines. En suivant le regard et la sensibilité d'Emil Bock, nous commençons d voir dans les Évangiles, dont la théologie a fait une sorte de patchwork, une cohérence et une harmonie profondes et insoupçonnées. Et, au fil de la lecture, le Christ gagne de la place dans notre pensée, dans notre sentiment, une place qu'il n'a peut-être jamais eue. Si cette lecture demande un effort, ceux-là seuls s'en plaindront qui sont embarrassés de préjugés, ou qui n'ont plus la mobilité intérieure et l'enthousiasme de la découverte propres aux enfants et que le Christ, précisément, nous demande de reconquérir."
Pierre Lienhard

lundi 25 février 2013

Escale au Cabinet des Curiosités ...


Petit intermède aux illustrations pour l'expo ...
Je reprends le Cabinet des Curiosités ...
Une nouvelle manière d'aborder la peinture ...
Ci-dessous, Inspiration Jacques Fabien Gautier Dagoty ...


Je me permets de réinterpréter son oeuvre ...
Me vient une autre manière de peindre qui me surprend, plus en détail ...
Plaisir de découvrir, de partager un moment de création avec l'un de mes enfants ( Syméon, 16 ans qui a peint une partie du scarabée ) ...


Je me suis dite cette nuit que peut-être y manquait-il du texte ...
Je vous posterai au fur et à mesure l'évolution de ce travail ...

Et pendant ce temps, le livre aquatique se nourrit des vibrations du temps ...




J'improvise un dialogue abyssal en expérimentation porcelaine-papier ...


Et je dessine les étranges spécimens rencontrés lors des expéditions à bord du Kaïkan car vous vous doutez bien que ces Cabinets des Curiosités ne sont autres que trésors, étonnements, végétaux, animaux, pierres recueillis par ces savants, poètes , aventuriers montés à bord ...












samedi 16 février 2013

Suspens - Récit d'un rêve - Vide ...

Elle est née la troisième série de trois illustrations en vue de l'expo ...
Elle est née au froid de l'hiver, à un week-end sans feu , en lien direct avec les conditions de l'époque ...

Suspens 





Peu s’en faudrait que je doute que les morts ne soient plus,

qu’ils ne transmettent plus rien, aient perdu toute parole

malgré tant de présence vivante autour de nous,

qui se serait à eux substituée dans ce silence

selon un credo commun, affiché, définitif.

On ne se sent pas entier amarré aux certitudes

qui de toute façon disent plus qu’elles ne devraient,

quand un rai de soleil moins persuasif que les autres

échoue à submerger l’ombre d’une main en suspens

devant un éventail de questionnement sous sa feuille.

Pris d’inquiétude, on n’ignore pas toujours l’appel

même assourdi, de ce qui palpite par l’entourage

comme une jeune chênaie dans la brise du matin,

fût-ce en l’absence d’un filet d’air traversant la pièce.

Peu s’en faudrait que je croie les morts libres parmi nous

d’être regard, pensée, affleurant sous notre langage,

à nous tendre quelque trop propice pont des soupirs.

On s’y hasarde par seule fatigue ou par faiblesse,

voulant donner toujours mais inaptes à recevoir.


Vint ensuite le 

Récit d'un rêve 


                                Jusque dans la fiction : Récit d’un rêve (extrait de roman)


A force de penser à son père trop tôt parti, René s’endormait. Il se retrouva assis à califourchon sur une chaise devant un feu de bûches de chêne. C’était dans un salon rustique de taille moyenne, inconnu de lui. Température : au moins vingt degrés, contrastant avec le froid hivernal du dehors. Les flammes du foyer éclairaient faiblement une moitié de la pièce. Leurs rougeoiements follets animaient les formes alentour. Juste devant lui, comme dans un bus, le dos d’un homme assis tassé sur sa droite. Accoudé sur sa cuisse comme s’il ployait sous son propre poids. Respiration sifflante, pénible, lente aussi. Le cœur de René cognait à tout rompre, à lui faire mal. A lui transpercer la poitrine. Un léger pivotement de la forme humaine venait de lui montrer qu’elle n’avait pas de bras gauche. La manche vide, pliée, semblait agrafée à l’épaule. Longues minutes d’absolu néant dans sa tête, de trop-plein dans sa gorge serrée. D’effroyable match nul bonheur - douleur. Si cruellement improbable, l’amputé était pourtant là. Mais où, d’ailleurs ? Il parla même, de sa voix chaude, sans se retourner : « Pourquoi tu restes loin, Coco ? ».
René était étranglé par l’effort de plus en plus vain de rentrer les larmes.
« Tu n’es pas content de me voir ? »
Sans comprendre comment, roulé par un Liamone en crue de sanglots, il se trouva maintenant assis à la droite de l’homme. Côte à côte, toujours à la façon de gens dans un autobus. Ses yeux brouillés se tournèrent vers le passager. C’était bien lui. En chair et en os. Comme vous et moi. Il avait voyagé et souffrait sans doute. Il respirait avec peine mais restait souriant. Il gardait le silence là-dessus, dans la bonté dont René avait toujours eu le cœur nourri.
« Tu me dis rien ? 
- Si. »
René désirait tellement lui en dire plus que ça. Il se retenait encore de le croire tout à fait possible. Incertain de lui-même autant que de la  réalité de la présence. Il craignait d’être victime d’une hallucination. Aucune raison pourtant d’éprouver un doute plus tenace : il s’imprégnait physiquement de cette odeur double. Il l’eût reconnue entre mille. Il ne l’avait plus respirée depuis cinq années. A l’instant, il y roulait. Il y noyait son âme. La légère âcreté d’une vie entière de courage et de travail au service du bien commun, mêlée à la fraîcheur d’une eau de Cologne toute simple, à l’extrait de lavande. Alors il l’achetait au litre, en pharmacie. A l’écart de toute préciosité ou esprit de mode. René en reconnaissait la marque, sans risque d’erreur. Rien à voir avec ces après-rasage chichiteux, eaux de toilette pour heummes  vendues en flaconnets ressemblant comme deux gouttes de parfum aux fioles pour femmes. Ce produit avait dû rester le même depuis la seconde guerre mondiale à laquelle il avait payé le tribut de son bras.
Le feu lui faisait du bien. René en recouvra une part de quiétude. L’homme soupira un « ah » profond de soulagement. Son bras droit, encore lourd, s’enroula autour de l’épaule du fils comme d’abandon ou de lassitude. La main unique qui avait tant travaillé et donné pendait maintenant contre sa poitrine. René la lui prit des deux siennes. Il ne put s’empêcher de la plaquer contre sa joue pour en capter la bonne chaleur sur sa peau. Il la baisa avec un respect indicible, en prenant garde de ne pas serrer trop fort. C’était bon. Cette main unique avait su le porter. Elle l’avait contenu, parfois. Il palpa l’annulaire, sentit la chevalière en argent de toujours, sauf qu’elle tournait autour du doigt qui avait maigri. René s’interrogeait sur le lieu où ils se trouvaient, devant ce feu. Aucun signe ne lui permettait de le déduire. Il comptait sur les mots qu’il allait entendre. Cette question, d’ailleurs, devenait incidente. Seule avait de l’importance SA présence, où qu’il fût…

Et enfin

Vide




Accommodant mal dans leur solitude



ils sentent en filigrane la chaleur de l’Aimé


lointaine sous silence sous regard sous présence


dont ils durent le départ à contrecœur accepter


eux vent sans direction piégé dans la moindre encoignure


que tout objet détourne mais qui traverse les murailles


sans franchir le seuil des tanières et terriers


qui violente l’espace entre les pages du livre clos


que sépare une photo à relief de montagne


Et puis, il y a toutes les étapes du travail, la musique qui les accompagne, mes questionnements et doutes qui se trouvent posés sur

https://facebook.com/michele.lenoir1

Juste d'autres pages du journal à découvrir
...






dimanche 3 février 2013

Ambulation - Carrefour - Voix du Silence ...

Voici que vient de s'incarner la seconde série de trois illustrations ...
Au total , il y en aura douze ...
Douze : quatre fois trois pour une lente métamorphose de la blessure de guerre à la paix ...
Douze comme une unité, comme un cycle de Vie ...
Merci à ceux qui, ici bas et au-delà invitent à ce que se réalise ce projet ...
Collaboration artistique 
 Poèmes de Henri-Louis Pallen
http://www.lierreentravail.com/index2.html
Illustrations de moi-même

Ambulation



Halo de brouillard autour d’un mont au-dessus d’Orbay
sous la garde du Lac noir et du Lac blanc ceints de neige,
sans menace apparente à la décadence du jour.
Mettre un pied devant l’autre par ici n’est jamais simple
bien que nul piège d’aucune sorte, présent au bois
ne doive mettre fin à la vie des gens qui promènent.
Malgré ce calme insigne, on est proche du danger.
A flâner sur la route peu de risque d’embuscade
autre que celle, trop imprévisible, du destin.
Les machines de guerre, endormies de longue date
mais toujours en faction ici ou là, en souvenirs,
ont tellement fait mourir par le passé qu’il en reste
en chacun d’entre nous une part de soi en débris,
une ruine secrète à bien des égards indicible,
passée sous silence, promise à rester dévastée.


Carrefour



La menace grondait sur l’étoile du Quatre-Vents,
verrou pour les deux dispositifs qui se faisaient face ;
des passereaux hasardaient leurs trilles vernaculaires.
Les camps avaient les moyens de la facture à régler
en membres perdus, en sang répandu, en innocence,
en familles privées d’horizon par le désespoir.
Les pères n’étaient plus qu’un prolongement de leurs armes ;
les hommes se comptabilisant dans le matériel
ils étaient là pour s’égaler aux machines de guerre,
hommes-gâchettes, hommes-grenades, hommes-viseurs
car la victoire finale seule était prise en compte.
On espérait ne jamais recevoir ce qu’on donnait
pour le pays aimé, de mitraille généreuse.
On faisait front, pas juste pour soi mais pour lui surtout
préparé à endurer, dans le corps comme dans l’âme
dans la reconquête du territoire, cher pays.
Touché d’un projectile ennemi, identique aux nôtres,
le corps lui-même n’est qu’un paysage dévasté
où le temps se charge d’aggraver le mal par la suite.
Pour qui n’est pas encore dans la voiture des morts
scoliose, déséquilibre de la colonne, voûte,
rappelleront tous les jours la guerre, au meilleur des cas.


Voix du silence




On te savait avare de mot doux mais tes yeux parlaient,
tu gardais pour toi la douleur, nous partagions le reste.
Parti homme à la guerre tu revins père avant tout,
moins un bras tu nous revins avec plus d’amour encore.

Comme s’ils n’avaient pas le même sens que pour nous
entre les mots et toi on sentait un sas de silence,
tu les pesais à l’aune de la douleur sans image
et du sang non métaphorique que tu as versé.

Tes joies rayonnaient car ton mal passait inaperçu,
avec toujours aux lèvres une bonne blague à rire ;
cependant que nous nous réjouissions autour de toi
tu endurais solitaire, sans le secours du dire.

Comment t’en savoir gré aujourd’hui, hormis être heureux
de décliner, liée à ta mémoire, notre joie
à être là, restés avec toi dans le filigrane
pour partager cette terre d’harmonie sous le ciel ?

Je comprends maintenant tout ce que tu ne disais pas,
père diffus, dont nous ressentons Ici la présence,
ce ne sont pas tes mânes que j’embrasse, mais toi
dont je sais la part reçue le matin, dans la lumière.